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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 13:12

à GJ

 

 

A tous ceux qui voudraient voir une auto-

biographie dans ce roman : Rien n’est vrai.

Tout est vrai.


Monique Laederach

      « La Femme séparée » 

 

      Version audio  dès le 22.12.2013, 18h00, sur www.litteratureaudio.com  

Il y a dans ma tête comme des fissures d’aurore. Une aube éternelle qui oscille, tergiverse, bourgeonne, mais ne donnera jamais le jour.

 

J’ai  pris le train tôt ce matin. Je voulais aller écouter la bise faire chanter les drisses et les étais des plaisanciers du port d’Ouchy. J’avais dans mes poches des quignons de pain sec, pour les oiseaux du lac, et quelques idées noires dans l’abîme de ma déraison.  J’ai jeté tout le pain et me voilà maintenant traînant mes idées noires sous le regard sévère d’un cygne qui me guette. Il s’est posté en plein milieu du quai. Immobile, il me jauge en agitant parfois la tête, de haut en bas, sans me quitter du regard. Je ne comprends pas s’il est malveillant ou joueur.  Je reste là, sans plus oser bouger. Je voudrais pouvoir lui voler une plume pour écrire toutes mes maladresses sur l’écume du lac. Réunir les fragments de silence qu’il me reste à l’intérieur et me composer une nouvelle histoire.

  

Je sors celle que j’ai décomposée il y a quelques mois.  Tous ces mots dans ma tête, des mots que je détestais tant ils me ressemblaient, qui bouillonnaient, tout cet effroi, auquel venait s’ajouter un autre effroi, auquel venait s’ajouter... L’automne peint en rouge sang toutes les feuilles de l’arbre et les décroche, une à une, lentement. Elles virevoltent dans l’air humide, dansent en silence, se frôlent. Caresses. Puis elles touchent le sol et c’est un fracas, un séisme. Il ne reste qu’un hêtre dépouillé, qui cherche une lumière, tend ses ramures dénudées mais le ciel a déjà disparu au-dessus d’une chape de plomb. Et la neige qui tombe des nues a une couleur cendre.  C’est avec ces copeaux de charbon, mélangés à l’eau de mes larmes, de cette encre de seiche, que j’ai composé mon épilogue. Dire, pour pouvoir partir. Ecrire pour se donner le courage d’en finir.

 

On écrit, on écrit, on délivre sa tête

et son cœur

et son âme

 

et le courage s’effrite

 

Le courage, ce qui m’a toujours fait défaut. Il fuit par ma peau, parois de futaille à l’intérieur de laquelle se forme - réaction chimique avec la moisissure de la mère -  tout le vinaigre de mon être.

 

Pourtant, il m’en a fallu de la vigueur, pour déposer larme et coquille... Décrocher le téléphone, appeler le médecin, debout, pieds nus sur l’arête effilée de mes dernières forces. Dans l’océan acétique, une petite fille résiste, encouragée par le regard patient du gardien de l’Ombre. Tenir. Résister aux anguilles d’angoisse qui se faufilent dans le varech de la nuit. Elles cherchent le trésor dans l’épave engloutie, elles cherchent à me voler ma vie.


 

Entre mes mains, les deux feuilles, où j’ai graphouillé la faim de ma fin, sont en miettes. Tout en déroulant de fil des souvenirs j’en ai fait des confettis, que je remets dans mes poches. Je m’offrirais bien la liberté d’éparpiller ces scories, de laisser le vent faire son nettoyage. Mais le cygne me regarde d’un œil brillant et je me retiens de commettre cette incivilité. L’anatidé ne veut pas céder sa place et me barre toujours le passage.

 

Il n’y a aucun bateau sur l’eau et la bise, agressive, ride la surface du miroir. Mon regard s’égare dans les plissures du lac.

 

 

Quand j’ai refusé les médicaments qu’on voulait me prescrire, je savais que je décidais de prendre le chemin le plus long. Je savais aussi que lui, le tout frais et pimpant psychiatre, ne réussirait peut-être jamais à me pardonner ce rejet. Je comprenais son trouble et quand il m’a demandé, d’une voix suppliante et ferme, de lui promettre alors de ne plus rien tenter contre ma vie tant que nous travaillerions ensemble,

 

j’ai su

 

à quel point l’on peut tout à la fois être loin et proche

des êtres qui traversent nos vies

 

J’ai compris. J’ai promis. Il a accepté de détacher sa main de ses boîtes de Clomipramine et autres pilules multicolores, pour me la tendre, paume ouverte, maladroitement, courageusement. Il a balbutié une esquisse de thérapie et dès le second rendez-vous, s’est lancé. Une vraie catastrophe !

 

 

Je suis assise sur le canapé bleu comme la mer où l’on coule quand on ne sait pas nager. Un siège trop grand, trop mou, trop doux. Il est assis tout juste devant moi, les genoux à dix centimètres des miens, si proches que son souffle se mélange au mien et je n’arrive plus à trouver mon air. Je voudrais me lever, je voudrais fuir, aller m’asseoir parterre là-bas au plus profond du coin. Je voudrais sentir la verticalité des murs tout contre moi, des bras larges et solides, glacés, rassurants, qui m’enserreraient et me retiendraient dans la réalité.

 

Mais insensible à mon trouble il me sifflote en préambule un « Allez-y » sec et autoritaire, puis il ferme la porte de son regard, ouvre le gouffre de son isoloir, et attend.

 

Il est là, devant moi, strict et droit et le non-regard qu’il me lance traverse mon âme et s’en va frémir contre le mur derrière moi. Il me cherche mais je ne suis plus là. Il n’y a maintenant plus qu’un abîme entre lui et moi, et dans ma tête. Je m’accroche du regard aux branches du lilas qui balayent l’air dans le jardin de l’hôpital. Rester là, garder conscience, ne pas couler, s’accrocher au-dehors. De mes yeux ruisselle un acide qui brûle mes joues. Je lutte et lutte en vain pour garder en moi tous ces flots et ma tête va bientôt éclater. Je cherche tout au fond de mon ventre une forme assez fine, assez ferme, un mot qui saurait se glisser entre les parois de ma gorge, collées l’une à l’autre par l’effroi de cette situation.

 

Il y a une épaisse fumée noire qui s’avance et ronge les champs de fleurs

il y a des bâtons qui frappent le sol il y a le tonnerre qui fait vibrer le ciel il y a une tornade qui éjecte dans l’air tous les toits des maisons

il y a tout cela et tellement plus encore

 

c’est la mort qui m’appelle

 

je vais sauter par la fenêtre

 

 

Puis le lilas qui gesticule dans le parc penche tout à coup ses fleurs sous le soupir du vent, le soleil, qui guigne entre les nuages, glisse un rayon ambré entre les minuscules coroles. Une voix, la petite perce-neige plantée dans le terreau de ma conscience par le gardien de l’Ombre, agite ses pétales : le bureau du médecin, il est comme ton moral, « au rez-de-chaussée ». Tout ce que tu réussiras à faire c’est te casser les cils !

 

La gorge s’ouvre, des mots s’échappent, se tendent, supplient : s’il vous plaît... 

 

Le médecin a rempli à nouveau son regard et le temps a repris sa course.

 

 

Il était là, devant moi, comme ce cygne magnifique et fier et l’étoile qui brillait dans ses yeux noirs n’était ni d’amour ni de haine ; elle était Vie, fragile et puissante, sensible et secrète. « Il a des larmes dedans ses yeux » a chuchoté l’enfant assise sur mes genoux. Mais j’étais la seule à l’entendre car le médecin, lui, ne pouvait la voir. Pas encore...

 

 

Un petit garçon s’est approché du cygne depuis quelques minutes. Il lui jette des morceaux de pain qu’il arrache à son sandwich. Il rit, en regardant le palmipède « niaquer » à toute vitesse les miettes qu’un congénère reluque depuis le bassin.

 

Je m’éloigne et je vais me glisser sous un cèdre. Je n’arrive pas à sentir la rugosité de son écorce à travers mon gros manteau d’hiver, mais je ressens son énergie et un sentiment de liberté et d’espoir grignote un peu le mal-être que je ressens depuis trop longtemps.

 

Durant les semaines qui suivirent ce premier échec avec ce psychiatre, j’ai cherché à suivre du doigt, comme une aveugle, les saillies du poinçon qui avait gravé l’Histoire sur ma peau, creusé dans chacune de mes cellules le lit de mes laideurs. Et comment faire alors, lorsque l’on découvre,  pétrifiée, que le bourreau de notre vie n’est autre que soi-même ? J’ai pris mon courage à deux mains et je suis retournée dans le laboratoire du psychiatre pour tenter avec lui de poursuivre l’expérience de la délivrance de mon âme.  

 

Il vient de m’écouter conter mon calvaire de la dernière séance et renonce à ériger devant ses yeux le grillage du confessionnal. Il est un peu tendu mais il sourit. Je serre fort contre moi la petite fille assise sur mes genoux et je me jette à l’eau. Je parle, parle, crache la masse de cendres incandescentes qui m’envahit à en devenir elles toute entière. Je raconte de mots-tisons la genèse de l’immonde, je me livre, pour me délivrer. Et tandis que mes mots s’éparpillent à ses pieds

 

et tandis que mon âme se dévêt de sa haine

l’abîme

se déshabille de sa couverture de flotte

et mon navire

se retrouve en cale sèche

 

Néanmoins, l’amertume

enfin                                        hors de moi

 

 

 

Devant moi l’homme, que mes flots ont submergé, fond. Je vois son visage se décomposer, ses yeux se noyer, ses épaules avaler sa tête, tout son être écrasé par le poids de toutes ces penséesimpansables que j’expulse, comme un volcan.

 

Il faut survivre à cela, à la lave brûlante, au poison des effluves à la poussière dense et nocive.

 

Il a survécu. Mais s’il eut un jour quelque empathie pour moi elle est dorénavant calcinée, à jamais.

 

Et moi, suis-je donc encore vivante ?

 

Je n’ai plus d’âme à moi.        Je suis

 

fumerolle que l’évent

 

forme et déforme à son gré


 

Mais à l’instant de me quitter, serrant dans la sienne ma main, il dépose ses deux yeux noirs aux creux des miens. Il me chuchote avec une infinie tendresse « Prenez soin de vous » et  je comprends alors

 

qu’il vient de faire connaissance

avec la petite fille assise sur mes genoux

 

 

Deux gamins passent en galopant juste devant mes pieds. Un troisième petit gars les course en hurlant des insultes. Je passe la main sur mon visage pour essuyer les larmes que je sens rouler sur mes joues, mais je me rends compte avec stupéfaction que mes yeux sont parfaitement secs. Ce n’est que le souvenir de ces jours de sinistre, tatoués sur ma peau, qui m’inspire ce réflex.

 

Il y avait trop de tout en moi, et au dehors. Il faut ployer me disait le roseau, mais le bois de mon armure, asséché par un Loo violent, avait perdu le peu de souplesse que le gardien de l’Ombre avait mis tant d’années à m’enseigner.

 

Sourd alors en moi cette impression de retour en arrière, de constant combat contre rien et pour rien, qui me laisse le goût âcre de l'échec en cœur. Parce que je ne savais plus écouter, plus respecter, plus accepter, plus tolérer, j'ai gâché tant de choses ! Tout est à recommencer. Je ne veux plus penser à tout cela. Le vent gelé fouette mon visage et malgré la capuche et le col que j’ai remonté sur mes joues, je ne sens bientôt plus mon visage. Je me relève. Le froid, la mauvaise posture, l’âge, un mélange de tout cela fait grincer ma carcasse. Il y a un petit restaurant un peu plus loin. Je cours jusqu’au seuil. Une clochette tinte tristement lorsque je pousse la porte. Je m’installe dans un coin et après avoir commandé un café, je sors le livre que j’ai trimbalé avec moi, histoire de me passer le temps durant le trajet en train. « La déchirure» d’Henry Bauchau. Le titre me parle, ou plutôt me crie dessus ; il est d’occasion. Ce n’est jamais que notre histoire que nous compulsons entre les lignes écrites par d’autres. Les mots gouttent sur le sol de notre caverne et l’écho résonne, et déraisonne,  jusqu’aux confins de notre inconscient. Que l’on s’en rende compte ou non. Le coton des mots à beau être doux ce n’est jamais qu’avec nos mains que nous refilons l’histoire à l’intérieur de nous. Un mot à l’endroit, un mot à l’envers, nous nous tricotons des chandails pour l’hiver, ou des procès pour nos abjections. On  s’emmêle les pieds dans le fil de l’histoire, on trébuche sur les mots, on se crée des liens, on s’y enroule, on s’y étouffe. Selon notre humeur...

 

« La déchirure ». Ça craque déjà, sous ma surface. 

  L'oubli, l'espoir. Le renouveau

Voilée de brume, l'aurore

Mystère. Promesse

Et l'espoir, toujours l'espoir

Celui du vent

 

Le vent dans les cheveux des enfants qui rient du temps

Le vent dans les voilures aux fenêtres ouvertes

Le vent sur un désert, qui façonne un visage

Un rivage

Pour que demain, je…

 

 

 

J’ouvre le livre. Je suis une indocile, espiègle et curieuse. Je m'engouffre avec résolution dans la forêt qui se dresse devant moi, regardant la tranchée avec défiance. Le bois regorge de dangers et je sens, derrière chaque bosquet, une menace, un défi. Une bête est tapie dans l'ombre et m'attend. Je la sens frémir et mon cœur crache dans mes veines un sang épais, chargé d'énergie.  La peur s'est muée en audace. J'avance.

 

 

Je lis. Assise à mes côtés une petite fille joue au Jeu du Taquin...

 

 

30.11.2013

 

Texte ©Judith Beuret

Musique ©Luca Ce

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 15:43

Il parle, il raconte les draps souillés, les déjections où se mêlent maintenant du sang. Il raconte, sans pudeur car ce qui lui arrive il ne l’a pas choisi, c’est la vie mais il ne l’a pas voulu, cela m’arrive, c’est ma réalité et il n’y a pas de raison que je la taise parce qu’elle vous dérange, vous dégoûte, vous fasse peur. Moi aussi j’ai peur, savez-vous !? Et c’est presque un cri. Il raconte, le temps qui a passé, ses pinces qui ont arraché de son jardin toutes les fleurs ; sa femme, ses enfants, sa famille, les amis, plus personne aujourd’hui dans ma vie, je suis seul. Seul, et de nouveau,  savez-vous combien j’ai peur ?! L’autre nuit, quand tout se vidait de moi dans mon lit, quand je sentais ce qu’il y a à l’intérieur de mon corps fuir et souiller les draps et je croyais, peut-être, au milieu des excréments il y a ma vie ? Est-ce que je suis encore en vie, je me disais. Et la question, à qui la poser ? Et Clara, à l’autre bout du fil, s’accroche à la cornette

 

pour ne pas tomber dans la déchirure de ce cœur qui s’ouvre à elle sans complexe


pour ne pas perdre son âme dans les sinuosités des écorchures de cet être


pour ne pas se noyer dans cette voix trempée qui explique et qui lui dit, et c’est comme un fouet qui claque : c’est inhumain de laisser quelqu’un vivre comme cela. Vous savez, c’est dur de vivre, mais je vous le dis, c’est encore plus dur de mourir.

 

Et est-ce un sanglot de colère où de douleur qui peuple soudain le silence qui s’installe entre eux ? Les deux, pense Clara, et que dire pour rompre ce silence sans gercer plus encore ce présent écartelé. Courage Monsieur, et des mots mais pas trop, de crainte qu’ils ne tombent comme des bûches dans le brasier de sa souffrance.  Et le soc de l’impuissance qui laboure le cœur de Clara et dans les sillons creusés, les graines de la compassion, mais que donneront-elles comme fruits ?

 

On lui a raconté qu’on l’a emmené finalement à l’hôpital pour un contrôle. Juste un contrôle Monsieur, mais il a pris avec lui trois valises, toutes ses affaires pourrait-on dire, parce qu’il avait en lui l’espoir qu’on le garderait, qu’enfin ! quelqu’un prendrait soin de lui, qu’il ne serait plus seul les nuits, que quelqu’un lui changerait ses draps et lui parlerait pour qu’il sache qu’il est encore vivant. On lui a raconté aussi qu’on ne l’a pas gardé, qu’on l’a reconduit chez lui avec ses trois valises et son paquet de larmes dans les yeux et sa peur et sa solitude. On lui a raconté, et cette nuit, elle ne dort pas ; elle entend l’homme pleurer dans ses draps souillés.  

 

 

 

26.07.2013 - ©JB

 

 

.

 

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 18:08

 

                            A propos De sa vie...  

 

Elle...

 

      ...était seule au château. Le Seigneur et le Prince étaient tous deux partis. En croisade pour l’un, de l’autre côté de la mer. Le second quant à lui entamait son voyage initiatique quelque part en Afrique.

 

Depuis des jours, qu’elle n’arrivait plus à compter, l’angoisse, qu’amplifiait cette solitude, l’oppressait d’une manière tout à fait insupportable. Et la maladie qui s’était installée dans le creux de son ventre sembla alors se frayer un chemin jusqu’aux confins de sa raison. Il lui sembla que des murs du château suintait un jacassement assourdissant. Des fenêtres carrées, jaillissait une lumière atomique, dans laquelle dansait une poussière dense. Cloîtrée dans cette forteresse elle perdait peu à peu conscience. Il lui fallait s'aider... 

 

Elle appela six jours, penchée à sa fenêtre, couru dans le jardin en hurlant sa folie, supplia tous les saints, appela les esprits. Mais personne ne vint.

 

Alors un soir de februarius elle prit le cheval noir qui dormait dans sa loge et qu’elle n’avait plus enfourché depuis déjà longtemps. On ne devrait jamais agir sous influence, surtout pas dans l’émoi. Il y a des erreurs qui ne pardonnent pas...

 

Elle le monta à cru et le lança d’un cri. Le cheval s’emballa et il se déroba avant d’avoir franchi l’enceinte du château. L’hallucinée mourut piétinée sous le pas du palefroi austère.

 

On l’enterra bien vite afin que nul ne su qu’au château du royaume une faible éperdue venait de trépasser sous le pas d’un pur-sang.


Cette année-là l'hiver sembla sans fin. Comme pour le faire durer le Centaure vint un soir

tout habillé de noir

déposer sur sa tombe quatre pétales tombés d’une tulipe fanée.

 

S’il était revenu quelques semaines après, peut-être, on ne sait pas, aurait-il été un peu étonné de découvrir que dans l’humus pourpre de ses quatre pétales fanés


avaient poussées

comme un mystère

neuf roses blanches et bleues

      à G.F.J.

 de-sa-vie.jpg

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 17:56


Le petit prince grafouilla : pardonne-moi un mouton. L’aviateur écrivît une cage

 

 

Il ouvre la lettre avec indolence. Cela allait-il commencer comme dans la nouvelle de Stefan Zweig ; « A toi qui ne m’as jamaisconnue » ? Elle n’était pas une inconnue. Il n’était pas R., le célèbre romancier. La véritable histoire commence maintenant.

 

 

Quand elle lui avait écrit, de son écriture sénestre, elle n’avait rien

voulu livrer ; elle voulait délivrer. L’oiseau, enchaîné à ses regrets

 

Il lit, deux ou trois phrases l’histoire le précise et ce qu’elle précise aussi c’est sa rapide lassitude. Très vite il penche le regard sur les mots qu’il ne comprend pas et s’adosse à son fauteuil, distrait. Les fleurs sur le balcon dansent sous un souffle soutenu, projetant leurs ombres contre le mur de son bureau. Elle est amoureuse. Elle attend une réponse. Un bruit au-dehors le tire de ses réflexions, alors qu’à l’intérieur de lui-même un éclat de rire lancéolé résonne et résonnera – mais en cet instant il ne le sait pas encore – jusqu’aux profondeurs du jeu de la nuit.

 

Elle n’est pas amoureuse. Mais pourtant c’est vrai, elle l’aime. Comme on peut aimer une musique bouleversante, longtemps encore après un concert. Comme les malheurs humains, les tulipes ont des teintes multiples.

 

L’enveloppe, le papier et le reste ont fini par être jetés. Le temps passe. Puis, alors qu’il construit des châteaux de mots

dans du sable noir

cette histoire lui revient en mémoire

 

Il banda son arc de triomphe et sacra cette tragédie à travers quelques mots fléchés sur son papier de vers.

 

Pourquoi la sortir du placard ? Pourquoi jouer de cette vie dans le noir ? Quelle besoin ? Pour la gloire ? Par dessein ? Par hasard ?

 

Elle ne le connaissait pas mais le reconnaissait. Il la connaissait mais ne la reconnaissait plus. Il a escamoté ses émois pour s’en offrir la clameur sur un cahier public.

 

Il l’a écrituéeLe brouhaha de ce sous-rire gracieux

a déchiré

la peau de son corps intérieur. Elle a pleuré

tandis qu’un serpent d’infinie tristesse

se traînait en elle, effaçant lentement

l    e    n    t    e    m    e    n    t

chaque contour de son être.

 

 

Si aimer c’est regarder par la fenêtre

un paysage

qui nous emmène loin

très loin

de soi

alors oui, elle…

 

 

a souffert. Debout sur la terrasse, elle contempla le crépuscule qui barbouillait d’ambre les nuages burinés par l’orage. Un sursaut de vent tourna la page du livret posé sur la table. Elle fit quelques pas dans le jardin. Lentement, elle redressa les roses blanches et bleues qu’une bourrasque avait couchées. C’est vrai qu’il écrit bien…

 

Gilles F. Jobin - "Jouer dans le noir" aux éditions Samizdat

 

Gilles F. Jobin - "Jouer dans le noir" aux éditions Samizdat

Gilles F. Jobin - "Jouer dans le noir" aux éditions Samizdat

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 14:33

 

(pour visualiser l'image, il faut activer/accepter - pour cette page - les "pop-up" . Puis du bout de votre souris, caressez le nuage)

 

D’un être inconnu prendre le sourire qu’il tend

et plonger dans son regard

 

Découverte d’un paysage imbibé de nuages d’or

de tempêtes d’amour

et d’étoiles                            d’infinie tristesse

 

La vie, sa vie -  Ta vie ? 

 

 

Nuage d’émois, nimbes éperdus dans l’aube d’une existence témoin

d’un monde à qui l’on a passé

la camisole de force

 

Elle court

 

Les poings serrés le cœur ouvert

les pieds nus et la vague à l’âme

voguer, s’enfuir, tenter de glisser entre les pattes

du destin, s’emmêler dans la                              toile

d’un monde où le monde, n’aspire qu’                à régner

 

Prendre les voiles et contre jugements et traités

se faire la belle 

enjamber les murs rire souffrir pleurer chanter donner pardonner, vivre

la poésie d’une existence, vers de vin – ceci est mon sang

ceci est mon corps - flûte de Peter Pan et fragments d’os, broyés par la mélancolie

dansent, entre les quatre murs-mouroirs de la prison de l’être, miroir d’un Réel trop étriqué. Alors, prendre les voiles et

être libre de 

 

Elle, kaléidoscope, où         l’âme Or

 

    s’orne se forme se transforme se déforme se reforme

                                  se réforme

 

                      mais jamais ne se conforme

 

 

 

05.12.2012 (pour visualiser l'image, il faut activer/accepter - pour cette page - les "pop-up" )

 

A Fanny, 24 ans, qui a décidé de quitter ce monde qu'elle ne comprennais pas

A Seb et Vene, à Gilles et Ondine, ainsi qu'à tout le reste de sa famille

A tous ses amis, à tous ceux qui l'aimaient 

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 22:02

Coeur en famme

Un cœur qui se récrie

sur le papier sombre de la nuit.

Palpitations, aux échos de corail

 

Les ombres

gesticulent        entre      les       mailles      du       temps

 

Des souvenirs voilés

         captifs effrayés des ventouses d’un espoir éperdu

 déchirent le silence

 

Surgissement rugissant, la muraille s’élève en suppliant

alors qu’un soleil pourpre

violent, violeur,

crépite, à travers les interstices du rideau de fer

 

 

.

 

 

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 11:22

La terre éponge la tristesse des nuages

 

resilience.jpg

 

 

 

 

ces larmes

percent la croûte

glissent entre les nervure des songes

suivent les sillons des rêves déchus

 

 

 

 

 

Debout sur la plage elle regarde la mer qu’un vent chagrin ride. Dans son dos,

la falaise pleure tout le ciel tombé

 

 

.

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 11:06

tu as marché tout le jour

et pataugé dans le sang de la nuit

tu as appelé

souhaité demandé supplié attendu

 

            t    e      n        d          u

 

donné

 

                   donner donner donner

 

pardonné

 

à t’en crever les yeux

 

                        mais la vie

s’est retroussée la peau

                      sur la réalité

 

 

.

 

 

 

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 19:57

 

C’est un tourbillon

le temps qui s’ouvre

et mille sonnailles

se hissent aux Cieux

 

C’est

un ventre creux

où résonne

résonnerésonnerésonne

puis s’éteint

          

                 l’espoir


 

La fange des mots dédaignés

recouvre

la trace de nos pas

 

 

 

 

.

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 15:53

 

Dans le ventre

Un trou

Aux parois de verre pilé

 

 

TristeseQui m’avale m’assourdi me broie me noie

Éléments déchaînés

La terre          se dérobe

L’eau                      jusqu’aux yeux

L’air    écrasant

Le feu                         - Quel feu ?

Celui-là celui-là et celui-là, ne les voyez-vous pas ?

 

 

Et l’éther          - demain demain demain

Tout en haut, des voix

                     

                      Entends l’écho des mots

                      Qui sortent de tes mains tendues

                      Tout autour, des voies

                      Laisse tes larmes couler

 

Et je m’endors     je m’encore

La tête douloureuse

Et le visage mouillé

 

 

 

 

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Antre ciel ether :

L'ESPACE JEUX 

ou

LES SPASMES JE

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