Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 17:56


Le petit prince grafouilla : pardonne-moi un mouton. L’aviateur écrivît une cage

 

 

Il ouvre la lettre avec indolence. Cela allait-il commencer comme dans la nouvelle de Stefan Zweig ; « A toi qui ne m’as jamaisconnue » ? Elle n’était pas une inconnue. Il n’était pas R., le célèbre romancier. La véritable histoire commence maintenant.

 

 

Quand elle lui avait écrit, de son écriture sénestre, elle n’avait rien

voulu livrer ; elle voulait délivrer. L’oiseau, enchaîné à ses regrets

 

Il lit, deux ou trois phrases l’histoire le précise et ce qu’elle précise aussi c’est sa rapide lassitude. Très vite il penche le regard sur les mots qu’il ne comprend pas et s’adosse à son fauteuil, distrait. Les fleurs sur le balcon dansent sous un souffle soutenu, projetant leurs ombres contre le mur de son bureau. Elle est amoureuse. Elle attend une réponse. Un bruit au-dehors le tire de ses réflexions, alors qu’à l’intérieur de lui-même un éclat de rire lancéolé résonne et résonnera – mais en cet instant il ne le sait pas encore – jusqu’aux profondeurs du jeu de la nuit.

 

Elle n’est pas amoureuse. Mais pourtant c’est vrai, elle l’aime. Comme on peut aimer une musique bouleversante, longtemps encore après un concert. Comme les malheurs humains, les tulipes ont des teintes multiples.

 

L’enveloppe, le papier et le reste ont fini par être jetés. Le temps passe. Puis, alors qu’il construit des châteaux de mots

dans du sable noir

cette histoire lui revient en mémoire

 

Il banda son arc de triomphe et sacra cette tragédie à travers quelques mots fléchés sur son papier de vers.

 

Pourquoi la sortir du placard ? Pourquoi jouer de cette vie dans le noir ? Quelle besoin ? Pour la gloire ? Par dessein ? Par hasard ?

 

Elle ne le connaissait pas mais le reconnaissait. Il la connaissait mais ne la reconnaissait plus. Il a escamoté ses émois pour s’en offrir la clameur sur un cahier public.

 

Il l’a écrituéeLe brouhaha de ce sous-rire gracieux

a déchiré

la peau de son corps intérieur. Elle a pleuré

tandis qu’un serpent d’infinie tristesse

se traînait en elle, effaçant lentement

l    e    n    t    e    m    e    n    t

chaque contour de son être.

 

 

Si aimer c’est regarder par la fenêtre

un paysage

qui nous emmène loin

très loin

de soi

alors oui, elle…

 

 

a souffert. Debout sur la terrasse, elle contempla le crépuscule qui barbouillait d’ambre les nuages burinés par l’orage. Un sursaut de vent tourna la page du livret posé sur la table. Elle fit quelques pas dans le jardin. Lentement, elle redressa les roses blanches et bleues qu’une bourrasque avait couchées. C’est vrai qu’il écrit bien…

 

Gilles F. Jobin - "Jouer dans le noir" aux éditions Samizdat

 

Gilles F. Jobin - "Jouer dans le noir" aux éditions Samizdat

Gilles F. Jobin - "Jouer dans le noir" aux éditions Samizdat

Partager cet article

Repost 0
Published by Esperiidae - dans Plume douleur
commenter cet article

commentaires

Antre ciel ether :

L'ESPACE JEUX 

ou

LES SPASMES JE

________________________

 

Retour à l'accueil

 

Licence Creative Commons