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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 15:43

Il parle, il raconte les draps souillés, les déjections où se mêlent maintenant du sang. Il raconte, sans pudeur car ce qui lui arrive il ne l’a pas choisi, c’est la vie mais il ne l’a pas voulu, cela m’arrive, c’est ma réalité et il n’y a pas de raison que je la taise parce qu’elle vous dérange, vous dégoûte, vous fasse peur. Moi aussi j’ai peur, savez-vous !? Et c’est presque un cri. Il raconte, le temps qui a passé, ses pinces qui ont arraché de son jardin toutes les fleurs ; sa femme, ses enfants, sa famille, les amis, plus personne aujourd’hui dans ma vie, je suis seul. Seul, et de nouveau,  savez-vous combien j’ai peur ?! L’autre nuit, quand tout se vidait de moi dans mon lit, quand je sentais ce qu’il y a à l’intérieur de mon corps fuir et souiller les draps et je croyais, peut-être, au milieu des excréments il y a ma vie ? Est-ce que je suis encore en vie, je me disais. Et la question, à qui la poser ? Et Clara, à l’autre bout du fil, s’accroche à la cornette

 

pour ne pas tomber dans la déchirure de ce cœur qui s’ouvre à elle sans complexe


pour ne pas perdre son âme dans les sinuosités des écorchures de cet être


pour ne pas se noyer dans cette voix trempée qui explique et qui lui dit, et c’est comme un fouet qui claque : c’est inhumain de laisser quelqu’un vivre comme cela. Vous savez, c’est dur de vivre, mais je vous le dis, c’est encore plus dur de mourir.

 

Et est-ce un sanglot de colère où de douleur qui peuple soudain le silence qui s’installe entre eux ? Les deux, pense Clara, et que dire pour rompre ce silence sans gercer plus encore ce présent écartelé. Courage Monsieur, et des mots mais pas trop, de crainte qu’ils ne tombent comme des bûches dans le brasier de sa souffrance.  Et le soc de l’impuissance qui laboure le cœur de Clara et dans les sillons creusés, les graines de la compassion, mais que donneront-elles comme fruits ?

 

On lui a raconté qu’on l’a emmené finalement à l’hôpital pour un contrôle. Juste un contrôle Monsieur, mais il a pris avec lui trois valises, toutes ses affaires pourrait-on dire, parce qu’il avait en lui l’espoir qu’on le garderait, qu’enfin ! quelqu’un prendrait soin de lui, qu’il ne serait plus seul les nuits, que quelqu’un lui changerait ses draps et lui parlerait pour qu’il sache qu’il est encore vivant. On lui a raconté aussi qu’on ne l’a pas gardé, qu’on l’a reconduit chez lui avec ses trois valises et son paquet de larmes dans les yeux et sa peur et sa solitude. On lui a raconté, et cette nuit, elle ne dort pas ; elle entend l’homme pleurer dans ses draps souillés.  

 

 

 

26.07.2013 - ©JB

 

 

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Published by Esperiidae - dans Plume douleur
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