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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 21:24

 

Il ne fait ni jour ni nuit. Juste un peu sombre, comme un crépuscule voilé de secrets. De promesses.

 

Une mésange dans une branche m’appelle sans cesse.

 

C’est la naissance d’un soir. Un soir, qui aurait pu être rond et ferme. Comme un soleil de printemps. Rond et ferme, comme une graine de bonheur

 

Ç’aurait pu.

 

Mais la bile d’ambre dégouline derrière l’horizon et l’obscurité dévoile le gouffre. En claire valence.

 

La paupière du vide s’entrouvre

 

Est-ce que je dors ?

 

 

 

Je rampe à présent, comme un mille pattes, le long d’un sentier qui n’en finit pas d’être long. Au loin gronde une rivière. Au loin, tout au fond sous mes pas.

 

L’opacité se cristallise. Emanation visqueuse, serpent de ténèbres qui se hisse jusqu’à mes narines et crache son ciment en ma poitrine.

 

Est-ce que je dors ?! Ma voix se faufile, raye ma langue, gerce mes lèvres, perce l’huile du temps. L’infini de l’ombre ne me rapporte aucun écho.

 

Perdue entre les troncs dénudés, j’entends Mesduse psalmodier en l’envers de mes entrailles. Mesduse, mon inséparable contraire, mon dédouble aptère. Plus je le fuis plus il m’approche, ce négatif de mon âme.

 

Le trouble bâillonne ma raison et j’erre dans les galeries nébuleuses.

 

Il fait nuit. Il fait nuit couleur sang

 

Tenter de louvoyer dans cet amer. J’étouffe. Je voudrais…

 

Vais-je me réveiller ?

 

Mesduse me prend par la main, pétrifie mes articulations, putréfie ma chair. Il  m’entraîne dans la souillure de l’ennui tandis qu’au loin, tout à fait au-dessus du ciel sans étoile, il neige des éclats de rire, il tonne des souvenirs de prunelles de bronze, de regards chatoyants, de sourires de chanvre. 

 

Et la ritournelle d’une mésange dans une branche, qui m’appelle sans cesse.


 

Mesduse a pris possession de mes gestes. Il guide mes pas jusqu’à la rivière. La rivière Sans Nom, sans courant, sans histoire, ni avenir.

 

Je me penche au-dessus de son lit stérile d’eau, dans lequel pourtant j'y vois clairement mon reflet, mélange de boue ridée par la sècheresse, de pierres crasseuses et d'algues grasses; mon image, exactement l’entier de ce vieux buisson d’épines noires tout désolé qui griffe et déchire de ses dards fusiformes l'air vicié du néant.

 

Au loin, caché tout en haut dans l’inaccessible, un loup diogénise, puis dans un battement d'ailes de colombe, s'envole dans le sillage des avions.

 

Et toujours cette mésange dans sa branche.

Qui m’appelle. Qui m’appelle sans cesse.

 

Si au moins… si au moins elle pouvait me dire son nom, me le sourire, peut-être alors…

 

Je voudrais…

Je voudrais juste,

maintenant,

me réveiller.

 

 


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Published by Esperiidae - dans Plume douleur
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commentaires

Alain 11/04/2011 12:50



Etrange poème ! Mais le charme agit sans toujours bien comprendre le sens des mots.


Il y a souvent des traces de tristesse, de mélancolie profonde dans ces poèmes. Serait-ce la petite fille qui cherche toujours un
ailleurs ?



Esperiidae 11/04/2011 17:04



Bonjour Alain,


Je ne sais pas Alain, je ne me pose pas la question, j'écris dans l'immédiat, dans ces instants où les mots me comprennent bien avant moi...


"Une petite fille qui cherhe toujours un ailleurs" ? Je ne ressens pas cela je dois dire. Dans ce texte en tous les cas. A travers ce "Je", je suis (être ?
suivre ? peut-être les deux...) plus une femme qui cherche, à l'intérieur. Qui se perd et se recherche, non pas ailleurs, mais à l'intérieur. Dans ces innonbrables dimensions de l'être.


 


Je ne sais pas s'il faut chercher à comprendre, mais bien plutôt simplement, comme tu l'écris, juste se laisser aller à ressentir. Ce n'est pas dans les mots que
"ça" se (re)trouve, mais dans le sens, l'essence - mélancolie ? on n'a de mélancolie que par rapport à ce que l'on a vécu, non pas pour ce que l'on aurait voulu vivre - qui les lie... et dans la
résonance chez qui les lit...





Amitiés





Une petite citations que j'aime beaucoup « Qu’est-ce qui, plus que le loup poursuivit par l’hiver, fait courir aussi loin le poète » ? – Alexandre Voisard dans
« petite marche de nuit »


 


 


 



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