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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 21:46

Sa vie est comme un tableau sans sujet.

 

Imagine…

 

Imagine une toile sans tain, une toile aux tons si espacés que la lumière s’y perd.

 

Imagine. Oui, ferme les yeux, et imagine…


Un paysage. 


Un arrangement de couleurs, un enchevêtrement de courbes, de lignes, d’arêtes aiguës, de points sans mouvement, de taches sombres, de vagues de blancs et d’étirement de teintes ; linéament d’un univers intérieur.


Des nuages argentés flottent dans un ciel azur, mais n’emportent avec eux aucune âme en aventure. De petits duvets en plumes d’ailes d’anges déchus, dépouillés de magie.


Çà et là, une rivière de poudre de soleil jaillit, perçant le brouillard qui flotte entre deux altitudes, mais ces graines d’ambre n’atteignent pas le sol, se dissolvant dans l’air rance des soupirs esquissés dans les ombres.


Au centre de la toile, sous le souffle de sanglots asséchés, une étendue de glaise, terne, infaçonnable, stérile. Et, planté en plein milieu de cette abyssale désolation, s’enlise un hêtre aux feuilles javellisées par les pluies d’hier. Pages de lendemains blanchies par une eau d’heures tourmentées.


Tout autour de cet îlot de poussière, des paysages flamboyants s’étendent, s’étendent et ne s’arrêtent plus. Incomplets ils se perdent à l’infini : une vision parachevée par aucun horizon.


Voici le tableau de vie de cet être, qui n’attend plus rien. 


La désespérance assèche son encrier et son âme tarie ne peut plus dessiner de passerelle au dessus de l’abîme qui le sépare son devenir, de son « à venir ».  Les pas qui s’imprègnent dans son sable s’effacent aussitôt, dissolvant le sens du chemin déjà parcouru. 


Il est juste là, planté au milieu de sa vie, le cœur éteint et le teint transparent, l’oreille sourde à l’appeau, la peau tendue sur des os de cristal – fragiles - si secs et si fragiles.


Et les yeux vides.


Les yeux si vides.


Il n’attend plus rien. Plus rien.


Imagine…


Si un jour tu le rencontres, cet être désolé, si un jour tu le rencontres de près - de trop près… de si près à en devenir lui… Offre lui l’ancre de ce regard de compassion que tu viens de jeter à l’instant à ce tableau sang tain. Offre-lui un regard : écris-moi, écris-nous, écris-lui… écries-toi…

 

Il dort en chacun de nous un être qui n’attend plus rien, mais dont quelqu’un, quelque part, tout au fond de soi, espère la renaissance…

 

 

- A mon fils -

 

 


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Published by Esperiidae - dans Sillons d'exitences
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commentaires

Alain 02/02/2011 12:46



Quelle chance a ton fils d’avoir une maman qui fabrique d’aussi jolies phrases !


La dernière phrase est très mélancolique. J’espère que cet être qui dort va se réveiller avec le renouveau prochain de la nature dont
les premiers élans fougueux se font déjà sentir.


 



Antre ciel ether :

L'ESPACE JEUX 

ou

LES SPASMES JE

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