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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 19:25

 

Ne l’avez-vous jamais ressenti ? Il se passe parfois des choses étranges entre les êtres. Des choses que nulle raison n'explique, des choses que l'on ne peut que croire sur fait, que l'on doit se contenter de vivre, sans chercher à comprendre.

 

Je suis bouleversée. 

 

Bouleversée par une chose étrange, extraordinaire, que je vais vous conter, sans pudeur, dans des termes à la démesure de l'émoi ressenti, mais en respectant les faits, tels qu'ils ont été. Peut-être me prendrez-vous pour folle, peut-être passerez-vous votre chemin, braves gens, un sourire aux lèvres devant cette naïve « fillotte » racontant des chimères. Peut m'importe au fond car, si je ressens un peu, il faut bien l'avouer, le désir de vous apporter quelques instants d'émerveillement avec cette histoire, son souvenir à lui seul suffit à combler mon âme de chaleur. 

 

Je vous parle d'une histoire survenue il y a quelque temps déjà, mais dont, hier, un visage et un regard ont ravivé le souvenir. Ce visage, tout d'abord ; il faut que je vous parle de lui, avant de retracer mon aventure. C'était donc hier soir. Lors d'une petite fête régionale, je passais un agréable moment en compagnie des invités présents, lorsque mon regard fut attiré par un musicien qui pianotait gaiement sur son accordéon, agrémentant ainsi notre petite soirée de notes légères et gaies. Cet homme, superbe, grisonnant, une moustache parfaitement coupée cha-peautant un sourire doux et sincère, s'animait au rythme de ses notes, nous offrant un divertissement joyeux et agréable. Mon regard fut dès lors attiré sans relâche par ce visage et ma volonté seule ne sut m'apporter la convenance qui doit retenir toute femme bien élevée de dévisager aussi indécemment  un homme…

 

Certes, il était beau, séduisant… mais il y avait autre chose. Quelque chose de puissant, qui remuait mes tripes. Quel-que chose qui, sans raison, me bouleversait profondément. Les heures s'égrainaient et le musicien  charmait mon être, non pas de ses notes, mais de sa présence, de sa prestance… j'aime-rais dire - de son aura.

 

En fin de soirée, l'âme à bout de souffle, je me penchai alors vers mon mari et lui dit :

 

-    Cet homme… il me trouble. Il est très bel homme, mais… autre chose encore. Tu le connais ?

 

J'ai pour habitude de partager avec mon mari les émotions les plus diverses qui animent mon être, parfois trop sensible… Aussi ne fut-il pas le moins du monde consterné par ma confidence. Cette fois, pourtant, je vis un léger brouillard émouvoir son regard et c'est d'une voix  incroyablement douce qu'il me répondit :

 

-    C'est le vétérinaire du village d'à côté... tu sais, le vétérinaire… le père de…

 

Alors tout s'éclaira. Mes yeux à leur tour s'embuèrent.

 

-    Le père de… Oui… dis-je, sans prononcer son nom, comme pour le garder précieusement intact et ne pas l'éclater dans la banalité d'un son. Oui… Tu te souviens ?

 

Oui, bien sûr, il se souvenait. Il se souvenait de ce soir-là. Et moi aussi, je me rappelais. Je me laissai alors saisir par le souvenir de ce soir étrange. C'était il y a un peu plus de trois ans.

 

C'était un jeudi. L'obscurité enlaçait déjà le paysage que je regardais défiler, bien calée sur la banquette du train. Elle était là, assise dans le wagon, anonyme au milieu de tant d'autres, quelqu'un parmi tout le monde... Mes yeux se posaient sur elle, sans cesse. Elle était si jolie… Non, « jolie » n'était pas le mot, elle était… quels étaient donc les mots ?!! Alors que je l'admirais, elle plongea son regard dans le mien et là, je vis.

 

Je vis toute la Vie que peut contenir l’éternité d’une seconde, comme une force incroyable qui m'investit, puis m’absorba et durant l’instant d’une éternité je ne m’appartins plus.

 

Un Ange

 

Voilà. Elle n'était pas "jolie" ; elle était… un Ange. C'est la seule chose que j’ai pu penser, lorsque nos regards se désunirent.

 

Un Ange.

 

Puis je rentrai chez moi. Un Ange. Cette pensée ne me quittait pas. Son éclat et l'immense calme qui se dégageait d'elle me retenaient dans une espèce de léthargie, dans un espace indicible. Ce soir-là, à peine avais-je franchi la porte de la maison que j’avais interpellé mon mari.

 

-    Tu sais,  lui dis-je d'une voix libre et encore rêveuse, ce soir, j'ai vu un Ange…

 

Il m'avait juste souri en m'embrassant ; il a l'habitude de mes bizarreries, de mes fantaisies, de mes frasques extrêmes… alors j'avais précisé :

 

-    Cette fille, c'est étrange, c'était un Ange, c'est comme si elle me l'avait dit, dans un accord de regards…

 

Et sous son écoute attentive, je lui parlai d'elle encore, et encore, car elle me troublait tant.

 

Ce soir-là, je m’étais endormie bercée de ce regard. Le week-end s’était passé. Comme un autre. Puis le lundi suivant, je rencontrai une amie. Alors que nous échangions les dernières nouvelles, elle me demanda :

 

-    Dis au fait, tu connaissais la fille du vétérinaire du village d'à côté ?

 

-    Non, lui avais-je répondu après avoir fouillé ma mémoire.

 

-    C'est terrible, avait continué mon amie. Elle s'est suicidée jeudi passé, dans la nuit…

 

Les secondes alors s’arrêtèrent. Tout se mit en place dans ma tête, mon esprit reconstruisait l'histoire avec précision.

 

- Je ne la connaissais pas. Non, je ne la connaissais pas mais je sais qui elle était quand même.

 

J’étais sure que c’était Elle… si sure…

 

Je me suis mise alors en quête d'une photographie de cette jeune fille décédée, mais je savais, avec cette certitude que rien ne peut démonter, que c'était Elle.

 

Ce jeudi soir dans le train, cette fille savait qu'elle allait mourir et elle n'avait plus peur. Après avoir parlé à mon âme, après avoir décroché ses yeux des miens, elle est rentrée chez elle, a tout préparé : écrit une lettre à sa maman, pour lui demander pardon, une pour sa meilleure amie, pour lui dire qu’elle ne souffrirait plus, une autre pour son frère, pour lui dire qu’elle l’aimait. Elle s'est maquillée, a passé sa plus belle robe, a préparé méthodiquement deux perfusions mortelles avec les produits de son père, en a déposé une, de rechange, sur sa table de chevet, s'est allongée dans son lit, puis s'est enfoncée la seconde perfusion dans le bras…

 

Elle est partie, doucement, calmement, avec une détermination effrayante…

 

Où es-tu maintenant l'Ange ? Ton corps s'est fondu dans cette terre qui t'as nourrie… mais ton esprit ? Ce souffle qui a circulé entre toi et le monde durant ta vie, l'Univers s'en est-il imbibé ?

 

Aurais-je pu te retenir, si j’avais su comprendre ?

 

Qui sommes-nous ?

 

Ce regard ne me quittera jamais plus…

 

J'ai vu un Ange. Et, hier soir, elle était un peu dans les yeux de son père…

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Published by Esperiidae - dans Sillons d'exitences
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