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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 15:23

On marcherait, pieds nus, à travers notre histoire. A l’orée des forêts, sur les sentiers de terre ou à travers les champs de blé. Il y aurait une brume qui voilerait juste ce qu’il faut de réalité pour que nous puissions croire que le bonheur existe.

 

On trouverait, dans une trouée au milieu d’un bosquet de chênes, un chalet de bois tendre que le temps aurait épargné. Il serait notre gîte. On y passerait l’automne, à l’abri des mélancolies. On ferait des feux de pives et on les écouterait chanter et faire danser les flammes.

 

Juste avant la tombée de la nuit

quand le ciel rougit de fatigue

quand le vent s’enhardit pour éteindre le jour

et que d’une main joueuse il chicane la chênaie, faisant frémir de bien-être le feuillage

on ferait l’amour, sur le plancher de la petite terrasse.

 

Le bois craquerait d’aise sous l’ardeur de nos indécences.  

 

Puis les sens apaisés, on irait se lover au milieu des coussins en velours du sofa.

 

Il y aurait, appuyées contre les parois, d’immenses bibliothèques où des livres remplis d’histoires à voyager nous inviteraient sur leurs ailes de vers. J’en prendrais un, le plus petit, celui qui disparaît entre Ramuz et Jacques Chessex. Je ferais vibrer les mots en passant sur les pages l’archet de mon regard et toi, tu écouterais en caressant des doigts le cuir de nos valises.

 

Et quand viendrait l’heure de nous séparer

ton rire,         ferait jaunir les feuilles

                    et les feraient tomber, tomber, tomber…

 

viendrait graver dans mon esprit la force d’affronter l’hiver. 

 

 

26.05.2014 - Jeux d'écriture De la boussole au calendrier 1

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Published by Esperiidae - dans Jeux d'écriture
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commentaires

Alain 29/05/2014 14:39


J’espère que le plancher est un Prémibel, c’est plus confortable, dit une pub que l’on nous sert souvent en France…


La poésie est proche de la peinture et de la musique lorsque l’archet d’un regard fait vibrer les mots, les couleurs ou les notes.


Tu m’as fait découvrir un nouvel écrivain Suisse, Ramuz, dont j’ai lu quelques beaux extraits.


 


 

Esperiidae 30/05/2014 14:59



Je ne connaissais pas les planchers Prémible... faudra que je teste . 


 


Ramuz est un écrivain que j'aime beaucoup. Je comprends que tu as poussé la curiosité à chercher quelques extraits sur internet,
et j'en suis ravie. Cela me fait plaisir de t'avoir fait découvrir un nouveau pan de la littérature suisse. Cet écrivain au style partulier a souffert de ses "particularités". J'aime
son style, et le personnage, l’ami « des gens de métier » plutôt que celui des artistes, celui qui avait presque honte de sa formation d’intellectuel, qui lui donnait l’impression
de trahir ses origines, comme il l’écrit de manière si émouvante à Henry Poulaille, le 24 mai 1924 :


 



«Je suis né en 1878, mais ne le dites pas.
Je suis né en Suisse, mais ne le dites pas.
Dites que je suis né dans le Pays-de-Vaud, qui est un vieux pays Savoyard, c'est à dire de langue d'oc, c'est à dire français et des Bords du Rhône, non loin de sa source.
Je suis licencié-és-lettres classiques, ne le dites pas.
Dites que je me suis appliqué à ne pas être licencié-és-lettres classiques, ce que je ne suis pas au fond, mais bien un petit-fils de vignerons et de paysans que j'aurais voulu exprimer.
Mais exprimer, c'est agrandir.
Mon vrai besoin, c'est d'agrandir...
Je suis venu à Paris tout jeune; c'est à Paris que je me suis connu et à cause de Paris.
J'ai passé pendant douze ans, chaque année, plusieurs mois au moins à Paris; et les voyages de Paris chez moi et de chez moi à Paris ont été tous mes voyages!
(Outre celui que j'ai fait par religion jusqu'à la mer, ma mer, descendant le Rhône.)»


 


Je te souhaite un très bon weekend


Amitié


Judith



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LES SPASMES JE

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