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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 19:00

Le petit train rouge traverse la campagne tranquille et file en direction de la ville. Les yeux tout juste décollés, j’appuie mon front contre la vitre froide et m’abandonne au chahut du trajet. Les rayons du soleil caressent les prés depuis peu et la lumière toute neuve confère au paysage une atmosphère à la fois vive et tranquille. Un voile de brume disperse son aura, qui s’entremêle aux sapins humides. Erables et frênes battent des feuilles sous la cajolerie d’un vent léger et offrent au contemplateur un frétillement visuel ravigotant.

 

Dans une semi-torpeur, l’âme mélancolique, je laisse ainsi le paysage qui défile satiner mon regard. La forêt s’ouvre tantôt sur une clairière. Quelques rayons dorés frémissent entre les branches et diffusent un éclat pailleté dont l’écho imprègne chaque perle de rosée et la clairière, embrasée, pétille. Un peu plus loin, c’est un chemin de gravier qui longe la voie ferrée, où un flâneur matinal salue d’un geste large les passagers léthargiques. A quelques mètres de lui, dans les hautes herbes, un petit chien noir apparaît, puis disparaît puis réapparait, dans une série de bonds joyeux. Je soupire d’aise et une buée épaisse me voile le paysage quelques instants. Un peu plus loin encore, là où la forêt s’ouvre sur une parcelle de pâturage, une dizaine de vaches s’éparpillent. La plupart des bovidés broutent sans prêter attention au convoi bruyant, mais une jolie brunette, qui mâchouille son déjeuner en nous regardant passer, semble me faire un clin d’œil complice.

 

Et au milieu de cette tribu flegmatique, une toute petite boule de poils roux, tapie dans les herbes, observe.

 

Le renardeau s’est-il perdu ? Attend-il sa mère, esseulé et inquiet ou, au contraire, a-t-il triomphé de la vigilance maternelle pour partir à la découverte du monde ? La vue de ce bébé canidé couché au milieu de toutes ces dames tranquilles m’émeut plus que je ne saurais le décrire et j’ai soudain envie de m’échapper de ce train. Je voudrais ne jamais rejoindre la ville, les rues encombrées, le brouhaha permanent, les odeurs âcres, les regards fuyants, le médecin, qui m’attend dans son cabinet trop petit trop froid trop silencieux et trop bruyant à la fois. Je veux dans mes oreilles la romance de la clairière qui s’éveille, la fugue du vent dans mes cheveux, le fredonnement des herbes qui dansent, le charivari des oiseaux qui n’en finissent pas de saluer la renaissance du jour. Je saute par la fenêtre close. Je déserte, abandonne sur la banquette mon corps inerte et évade mon âme dans le tableau des champs. Je rejoins le petit renard couché dans les graminées.

 

Je lui soufflerais « Que fais-tu ? » et il me répondrait « J’attends un Petit Prince » 

 

 

 

30.08.2013

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Published by Esperiidae - dans Plumes d'éther
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commentaires

renaud 19/09/2013 22:20


Bien joli voyage, Esperiidae, et très bien décrit.L'on a envie d'être passager de ce train et de sauter


aussi rejoindre ce renardeau.


Amitiés.


Renaud

Esperiidae 21/09/2013 11:24



Bonjour Renaud. Je ne suis pas étonnée de lire que cette évasion dans le tableau de la nature t'attire. Tu es toi aussi un contemplateur, n'est-ce pas.


Très bon weekend


Amitiés


 



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