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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 18:17

 

Lorsque je suis entrée, instantanément un malaise m’a assailli. Tout ce monde ! D’un regard assommé et effarouché je caressai les têtes, sans les voir vraiment. Toutes ces tables, ordonnées, serties d’inconnus… Mais quelle idée m’avait donc prise de venir m’engouffrer ici ?! Et maintenant que j’y étais, où allais-je bien pouvoir me mettre ! Aucun coin sombre où me glisser, aucune carpette sous laquelle me jeter… Juste le bar, long plongeoir abandonné surplombant la piscine de corps attablés devant les vestiges du banquet d’honneur.

 

Je me suis vite reprise, finalement heureuse d’être là car la soirée ne faisait que commencée. Je me suis perchée sur un des tabourets, devant le bar et j’ai commandé un café au vieux barman bossu. Quelques prospectus attendaient les curieux, étalant leurs publicités sur le comptoir. Cela allait bien me passer le temps jusqu’à ce que commence la soirée pour laquelle je m’étais déplacée.

 

Puis, dominée par la curiosité, je laissai mon regard surfer un peu plus hardiment sur les vagues des chevelures qui ondulaient autour des tablées bruyantes. Pas beaucoup de jeunes par ici. Tiens, lui, je le reconnais, j’ai dû le voir en photo, quelque part… Et elle là – bonjour – je la salue d’un petit signe de la tête. A la papeterie, je la vois, quand je vais lui acheter du matériel pour le boulot. Tiens, lui il me dit carrément quelque chose ; évidemment, c’est pour lui que je suis là, à attendre patiemment qu’il prenne la parole, dans… pfff... pas trop longtemps j’espère! Et puis… Ooh !!

 

Soleil !

 

Des fleurs éclosent un peu partout, sur les têtes des clients, par terre, dans l’air, partout. Les conciliabules se font chants d’oiseaux, et lui, là, de tout le soleil de son être, éclaire jusqu’au moindre recoin la salle comble, éclaire jusqu’au moindre recoin mon âme sombre. 

 

Qu’il est beau ! Comment ne l’ai-je pas vu en entrant ?! Et son regard, qu’il pose sur moi, emprisonne ma raison, me déraisonne. Un coup de foudre, je suis sourde, un éclaire, qui fend ma bouche en un sourire jusqu’aux oreilles. Les yeux en cœur je lui tends un regard niait.

 

Finalement, je suis bien ici. C’est joli. Et puis intéressant. Et puis le café est même bon. Ah oui, que je suis bien sur ce petit nuage. Et puis pas si loin, juste là, posé sur le nuage d’à côté… Allez, encore un petit coup d’œil sur ce soleil d’ivoire. Pas trop longtemps, ça rend aveugle…

 

Les minutes s’égrainent légères, joyeuses. Et soudain le petit nuage de mon charmant gentilhomme dérive vers le comptoir, juste là, tout près du mien, au bout de mon souffle. Il fait chaud. Regards. Mmmh, instant velours, cœur tout doux, tout bonheur. Geste godiche. Nouveau sourire. Ai-je parlé ? Lui ai-je dit bonjour ?

 

Et alors, son regard, raide, comme une flèche, qui me transperce, et me fige. Banquise. Puis ressac, vague de froid, tsunami de glaçons qui me dévaste, m’ensevelit, ravage les fleurs, assomme les oiseaux, éteint le soleil, couche le ciel. Etouffe mon bonheur. Fait pleuvoir le nuage et je m’écrase au sol.

 

Oh, qu’a-t-il pensé ?! Qu’a-t-il bien pu penser alors !!?

 

Quelqu’un un jour a dit que le ridicule ne tuait pas. Il avait tord. Une boule de ridicule a grossit dans mon ventre, a aspiré ma poitrine, est montée dans ma gorge, s’y est coincée. Et ne passe plus l’air, et s’étouffe mes poumons. Et des larmes dans mes yeux, et de la brume, voile opaque et je ne vois plus rien, je m’évanouis. Et meurt mon âme.

 

Et tous les jours depuis, je passe devant son tombeau. Je dépose une fleur, une prière, un poème, un souvenir. Je lui invente son sourire, j’essaie d’en rire, et toutes sortes de mensonges. Tous les jours depuis, je cherche comment la ressusciter. 

 

 

 


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Published by Esperiidae - dans Plume en folie
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Alain 25/04/2011 12:16



J’ai cherché un moment avant de comprendre qu’il s’agit de l’âme qui doit ressusciter.


J’aime bien l’originalité de ce texte.



Esperiidae 25/04/2011 18:47



Bonsoir Alain,


 


Oui, c'est chose plutôt incongrue que de vouloir réssusciter son âme . La forme n'aide pas forcément à comprendre,
mais surprend cela plus.


 


Au théâtre, on est en train de travailler sur l'échelle des émotions, et je trouve que l'explorer à travers l'écriture est tout autant amusant, sans compter que cela fait du bien de rire ainsi
de... de qui au juste ?... 


 


Bonne soirée


Amitiés



Antre ciel ether :

L'ESPACE JEUX 

ou

LES SPASMES JE

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