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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 15:47

Exercice d'écriture No 31 - du 04 au 10/02/2008 - Mots imposés

 

 Assassin - Crime - Viol - Défoncer - Lacérer - Immoler - Dévastation - Poignard - Napalm - Hémoglobine - Tripes - Eventration - Egorger - Piétiner - Scalp - Génocide - Massacre - Baisers - Caresse - Tendresse - Caliner - Etreinte - Enlacer - Jouir - Symbiose



Quand l'âme hourd...

 

 

 

Paul à trois ans lorsque son père disparaît mystérieusement, un soir de septembre.

    

Ce soir-là,  juste après un coup de fil étrange, sa mère vint le trouver dans sa chambre à coucher. Elle s’allongea dans le petit nid douillet et serra son enfant contre son sein, le couvrant de doux baisers. Paul, un peu surpris, n’osa bouger, de peur que la caresse de cette étreinte ne s’évapore dans l’éther nuitée de sa petite chambre. Mais après cet instant, le visage de sa mère, habituellement si joyeux et souriant, se referma à jamais, tel un coffre fort dont on a égaré la clé dans un recoin des abîmes de l’âme.

 

Sa mère ne lui expliqua jamais la disparition de son père. Paul n’osa poser les questions qui le tourmentaient et elles se transformèrent aux tréfonds de son être en poignards lui lacérant le cœur et les tripes.

 

Il se mit à haïr cette femme qui avait de son silence chassé ce père tant aimé. Pour Paul commença alors un long et pénible chemin jusqu’aux portes de l’Enfer.

 

A dix ans, il porta sa colère sur des chats. Uniquement les chats roux, comme la chevelure de sa mère, rivière flamboyante jaillissant des sommets de son crâne pour dégouliner leurs braises sur ses épaules menues.  Durant des heures, après l’école, il errait les rues en quête d’un chat roux. Il amadouait alors l’animal, avant de l’emporter dans la forêt où il avait établi son antre, dans le creux d’un rocher, un peu en contrebas du sentier.

 

A l’aide du couteau de cuisine dérobé à sa mère, il entreprenait alors l’éventration de la bête, comme pour tenter d’y dénicher en ses entrailles l’ulcère qui lui rongeait les siennes. Après avoir lacéré la bête, il entreprenait de décoller soigneusement du crâne la chevelure d’Or du félin,  puis accrochait ce scalp dégoulinant de sève pourpre à la suite de ceux, déjà séchées, des précédentes victimes de son génocide.

 

Il cachait sa rage derrière un visage paisible et un caractère facile, si bien que ni ses professeurs ni sa mère ne devinèrent l'ampleur de la dévastation qui s’étendait en lui, chaque jour un peu plus. Lorsque la douleur tourne en vengeance, nul ne peut imaginer l’étendue des ravages qu’elle créera. Lui se droguait aux massacres, se défonçait à l’hémoglobine, le sang lui enivrant l’esprit, liquide suave et chaud lui apaisant la brûlure que la glace de l’absence lui avait infligé.

 

A l’aube de ses vingt ans, il se donna une nouvelle mission ; il était temps à présent d’élever la mise en scène de ses théâtres : il se mit à chercher une de ce femmes aux cheveux de flammes qui embrasaient tant ses douleurs et sa hargne. C’est à la caisse du supermarché de son quartier qu’il la découvrit. Cette jeune femme au teint d’albâtre et à la crinière de feu, le provoquait de son sourire à chacun de ses passages. Dès qu’il sentait ses grands yeux verts comme l’émeraude rouler sur lui, un mélange de haine et de désir violent lui déchirait les entrailles.  Il sentait monter en lui un mélange de désir intense et de colère innommable, un vent brûlant qui dévastait d’un souffle son paysage intérieur, tel une lampée de Napalm sur une forêt rendue aride par une longue sécheresse.  

 

Il ne pouvait plus dormir la nuit, il cauchemardait dans la vision d’une mer verte où il se noyait, alors qu’une somptueuse sirène à la longue chevelure rousse émergeait de l’eau dans un jaillissement de perles luminescentes. Etendue sur le nacre d’un coquillage géant, elle lui souriait, découvrant entre le pourpre de ses lèvres une lignée de perles blanches comme l’alabastrite. Elle se mettait alors à chanter, un chant de cristal, pur et triste a en emprisonner chaque battement de coeur, et alors, petit être impuissant se noyant dans les flots, il assistait à la soudaine éventration de l’ensorcelante créature. Le doux visage se crispait de souffrance et les couleurs du tableau dégoulinaient, ne laissant devant les yeux de son âme de rêveur qu’une toile inerte, aux tons déchirés. Il se réveillait en nage, le cœur battant et l’esprit envahi par une paradoxale avidité dégoûtante de sang.

 

Un matin, il prit son courage et engagea la conversation avec la rousse caissière, lançant en préambule quelques banalités.

 

-         Sale temps aujourd’hui. J’ai oublié mon parapluie, j’espère qu’il ne pleuvra pas sur le chemin du retour. Tiens, vous ne vendriez pas des parapluies, par hasard ?

 

-         Non, malheureusement. J’espère que vous aurez de la chance et que le ciel ne vous tombera pas sur la tête ! lui répondit-elle en riant. Elle enchaîna d’un ton plus sérieux : Je pourrais vous proposer le mien, si vous me promettez de me le rapporter avant dix-huit heures.

 

-         Oh, heu… et bien ma fois… répondit-il en hésitant, agréablement surpris par la tournure des évènement. Oui, pourquoi pas, puisque vous me le proposez si gentiment.   

 

Et c’est ainsi grâce à la pluie que le premier lien se tissa entre eux. Il revint à dix-huit heures tapantes lui rapporter son parapluie et en profita pour l’inviter à boire un verre.

 

Le courant passa très vite entre eux, et ils multiplièrent leurs rencontres. Un soir de septembre, il l’invita chez lui, sans trop savoir ce qu’il allait faire ensuite. Cette créature l’égarait, il avait beau tenter de piétiner les émotions qu’elle faisait naître en lui, les roses de l’amour se redressait aussitôt, distillant leur parfum enivrant, douce brise venant câliner son désir.

 

Leurs âmes en parfaite symbiose, ils firent l’amour durant des heures, sous les rais de lune qui dansaient à travers les persiennes. La musique de leur souffle berçait leurs ébats. Mais il sentit soudain monter en lui un épouvantable fantasme de viol. Alors qu’il luttait contre le violent désir d’égorger la douce créature qui l’enlaçait, celle-ci, croyant à un regain de fougue de la part de son amant, redoubla de douceur, se faisant ainsi à son insu, à grand coup de tendresse, assassine des pulsions destructrices qui ravageaient Paul.

 

Il jouit soudain dans un cri où se mêlaient plaisir et soulagement, et des larmes, si longtemps retenues prisonnières dans l’antre de son cœur, roulèrent sur ses joues enflammées par le récent plaisir. Il pleura longtemps, enlacé dans les bras de la douce caissière qui, bien que surprise, ne posa aucune question, le laissant déverser contre son coeur les flots de ses souffrances. Puis ils s’endormirent tout les deux, emportés par l’épuisement.

 

Son lendemain sera pour Paul, sans aucun doute, « un autre jour »….

 

   

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Published by Esperiidae - dans Jeux d'écriture
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commentaires

brigitte celerier 01/12/2008 12:43

thriller malheureusement presque classique, et joliment mené - je n'ai pas eu la force de ce tragiquz

Esperiidae 02/12/2008 17:54



ho, mais j'espère pas trop classique quand même ! .
Le choix plutôt "trasches" des mots n'était pas
évident, un joli défi que j'ai eu envie de relevé.



nicole 30/11/2008 11:42

Histoire très prenante et très bien écrite. J'ai eu peur de la suite moi aussi, et ce retournement de situation fait que cette histoire est encore plus belle.

Esperiidae 02/12/2008 17:51



Je suis contente d'avoir réussit à surprendre, avec ce texte   



laura 29/11/2008 15:37

Très réussi pour toi aussi et j'aime beaucoup le titre de ton blog.

Oncle Dan 29/11/2008 11:04

Beau texte !

aquarelle 27/11/2008 15:33

Pauvres chats... Moi qui ais deux exemplaire de ces bêtes, la nausée m'a envahit à la lecture des détails morbides ! Par chance, l'une est noire et blanche et l'autre tigré...
Mais je me suis fait toute petite, petite, petite lorsque ce triste sir m'a semblé s'en prendre à la gente féminine (car moi, je suis rousse, au secours !)
Ouh, que j'ai eu peur !
Me disait qu'il allait finir en assasin sanguinaire... et puis retournement de situation !
Je respire et me détends enfin.
Bel exercice de style et joli résultat pour toi.

Esperiidae 28/11/2008 12:40



Merci Aquarelle, d'avoir eu le courage de lire jusqu'au bout . J'avais un chat roux lorsque j'étais enfant. Je ne
l'ai jamai scalpé, mais par contre un jour je lui ai coincé par innadvertance la queue dans la porte, alors qu'il se faufilait en douce... résultat, le boute de sa queue à été coupée
... je ne vais même pas essayé de réfléchir à la signification qu'un psy verra à cela.....


 



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